Présentation de la C.A.C.

De la Société Africaine de Culture à la Communauté Africaine de Culture.

Communauté Africaine de Culture : tel est l’espace de réflexion qui se voudrait dans la droite ligne dégagée par Alioune Diop, les écrivains et les artistes noirs en 1956, (re)déployer, sous le label de « Présence Africaine », les différentes facettes créatrices du Monde noir au seuil de ce nouveau siècle.

La mondialisation s’appréhende aujourd’hui comme le développement universel et normatif de l’économie du marché. L’idéal démocratique adossé à l’équation de la bonne gouvernance se donne à voir comme le pendant politique qui rend effectif un tel projet. Toutefois la question se pose de la particularité, de l’effectivité de cette universalité en Afrique et de son indexation sur la plupart des pratiques sociales, culturelles, artistiques et symboliques qui traversent le vécu quotidien des Africains. Car, à l’évidence, cette mondialisation bouscule et déstabilise les réalités africaines et remet en cause l’identité culturelle du Monde noir qui a forgé ses valeurs éthiques, esthétiques et culturelles et les a hiérarchisées selon son génie propre.

L’affirmation d’une Communauté Africaine de Culture ne répond pas à un besoin de singulariser. Elle n’est ni une simple proclamation du droit à la différence, ni le signe d’une crise politique ou de désarroi économique, pas plus qu’elle n’est une réaction pathologique au traumatisme colonial, à l’ignoble traite négrière ou une fuite face aux effets dévastateurs de la mal gouvernance de certains États africains. Elle n’est ni réflexe d’autodéfense à l’agression quasi quotidienne de la culture technicienne occidentale, ni processus de purification destiné à détruire les germes de la culture politique plurielle, base de toute démocratie authentique. Elle est moins encore l’expression d’un panafricanisme exacerbé et chauvin qui reprendrait à son compte le style et les méthodes de l’hégémonie culturelle des anciens colonisateurs ou l’unilatéralisme d’un certain Occident prédateur, mercantiliste et égoïste.

Si l’affirmation de la Communauté Africaine de Culture reposait sur de telles considérations, elle ne serait pas viable ; elle ne serait pas habitée par l’esprit d’Alioune Diop et ne mériterait nullement de l’onction du 1er Congrès des écrivains et artistes noirs. Elle entretiendrait une mauvaise conscience et le « mauvais sang », transformerait de fait ce « mauvais sang » en mal-être ; mal-être qui, à coup sûr, l’ouvrirait à toutes les exclusions possibles ! La Communauté Africaine de Culture irait fatalement à son extinction totale, si elle était mue par la haine de l’Autre ou le racisme et alimentée par le ressentiment !

Elle dévoile au contraire la communauté culturelle des peuples noirs, expression de leur cadence historique et politique, d’un double souci qui oblige, depuis l’aube des temps les hommes, d’une part à s’enraciner dans la Conscience d’une communauté qui les enveloppe et les protège, et d’autre part à refuser que cet enracinement, prenne les dimensions ou les allures qui les amèneraient à se dissoudre eux-mêmes dans une indifférenciation totale ou dans un oubli irréparable ! Au défi de l’universalisme, de la mondialisation de mauvais aloi et de la menace d’uniformité, de la pensée unique, de l’unidimensionnalité qui en résulte, la Communauté Africaine de Culture répondra toujours à la recherche de l’identité des peuples noirs, par la réaffirmation de leur être au monde, par leur singularité d’être, par leur manière d’affecter le monde.

La génération d’Alioune Diop, de Senghor, de Césaire, de Damas, de Cheik Anta Diop, répondait à cette angoisse majeure qui les habitait. La nouvelle génération entend (re) prendre à son compte cette démarche des grands anciens pour penser et fabriquer le futur actuel du Monde Noir en prenant bien soin d’installer la question dans l’agenda planétaire pour qu’il bénéficie à toute la Communauté Humaine.

Membres de la C.A.C