La Revue Présence Africaine

L’idée remonte à 1942-43. Nous étions à Paris un certain nombre d’étudiants d’outre-mer qui, au sein des souffrances d’une Europe s’interrogeant sur son essence et l’authenticité de ses valeurs, nous sommes groupés  pour étudier la situation et les caractères qui nous définissaient.      Alioune Diop.

Les raisons d’être de Présence Africaine

Alioune Diop, jeune intellectuel Sénégalais, prépare dès 1941 ce qui sera l’œuvre de sa vie : Présence Africaine. Homme de culture et homme de dialogue avant tout, il rassemble, pendant cette période de triomphe de l’hitlérisme, des amis fidèles, des compagnons de lutteLa Deuxième Guerre mondiale s’achève, et en 1945, au moment où mûrit à Paris l’idée d’une « présence africaine » affirmée, ce sera le Congrès Panafricain de Manchester qu’Alioune Diop évoquera plus tard en ces mots : «  Le Panafricanisme hérité des militants noirs américains et antillais battait son plein, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et 1945 voyait se dérouler le Congrès Panafricain avec Williams Du Bois, Kwame Nkrumah, George Padmore, Jomo Kenyatta et d’autres. L’idée d’un rassemblement d’hommes noirs issus de toutes les zones du monde n’était donc pas nouvelle. »

En fondant au mois de novembre 1947 la Revue Présence Africaine, Alioune Diop s’inscrivait dans cette longue chaîne «  d’identités remarquables » qui marque l’histoire de l’émancipation des peuples noirs.

L’éditorial du premier numéro de la Revue donne le ton. Alioune Diop choisit pour son intitulé le proverbe toucouleur, Niam n’goura – Niam n’goura vana niam m’paya, littéralement, « Mange pour que tu vives, ce n’est pas mange pour que tu engraisses ». La Revue est à pied d’œuvre pour redonner à la culture africaine sa place dans le concert des nations.

Pour la première fois, l’Afrique Noire et le monde noir dans son entier s’expriment dans une revue de large audience. Cette période, qui produit sept numéros, entre 1947 et 1949, est la représentation du courage qu’implique tout prise de conscience et d’affirmation de soi ainsi que de la générosité qui préside à toute volonté de dialogue, de conversation entre «  hommes libres ». L’un des proches collaborateurs et amis d’Alioune Diop, Jacques Howlett, décrit, dix ans après la publication du premier numéro de la Revue, l’enthousiasme et l’exaltation qui ont rythmé cette époque héroïque :

Une petite équipe s’engagea donc à faire paraître le premier numéro de la revue. Il y a eu des histoires de local, de papier, d’imprimeurs, d’argent et si la lutte fut parfois confuse, les combattants, il faut le reconnaître, ne manquaient pas de coeur (…). Au mois de novembre, sortait le premier numéro de Présence Africaine. Nous étions fiers de la couverture en deux couleurs qu’illustrait un haut masque dogon, des 192 pages compactes, du sommaire où étaient réunis de grands noms, de ces textes – de ces voix – qui affirmaient la nécessité d’une présence africaine, «  présence, disait Sartre, qui parmi nous doit être non comme celle d’un enfant dans le cercle de famille, mais comme la présence d’un remords et d’un espoir ». Dix ans plus tard, il est assez émouvant d’évoquer cette fièvre du départ, de cette époque héroïque. »